Nous vivons dans un des pays les plus riches du monde, et pourtant, d’après le Secours catholique-Caritas France, 10 % de la population française aurait recouru à l’aide alimentaire en 2020. La précarité est très présente dans le pays. Sur les 1 088 ménages rencontrés, 43 % sont en situation d’extrême pauvreté et n’ont pas de ressource financière.

Le modèle français d’après guerre

Le programme du CNR

Pourtant, nous étions bien partis socialement, je vous laisse lire la partie du programme du Conseil National de la Résistance de 1944 qui sert de socle au modèle français depuis 75 ans, il proposait, entre autres, de promouvoir des réformes indispensables sur le plan social :
-Droit au travail et droit au repos.
-Réajustement important des salaires et garantie d’un niveau de salaire qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine.
-Plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État.
-Sécurité de l’emploi, réglementation des conditions d’embauche et de licenciement, rétablissement des délégués d’atelier.
-Retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours.
-La possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée, quelle que soit la situation de fortune de leurs parents… »

Le préambule de la Constitution de 1946

Pour rappel tant qu’on y est :
« La Nation assure à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement et qu’elle garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence. »

Qu’est-il arrivé ?

La richesse n’a fait qu’augmenter, mais sa répartition n’a pas été équitable. L’état était censé être le garant du soin aux plus démunis, il ne remplit pas sa mission. 

De plus en plus de riches

L’an dernier, la fortune des milliardaires français a augmenté de 170 milliards d’euros, soit une hausse moyenne de 40%. Parmi les 38 milliardaires que la France comptait en mars 2020, seulement 4 ont vu leur fortune légèrement baisser pendant la période. A côté de cela, d’autres ont été laissés sur le bord du trottoir, parfois sont morts sur ce même trottoir.

Des services publics à l’agonie

Tous les services publics sont dans un état de délabrement avancé, les conséquences frappent de plein fouet les plus démunis mais aussi celles et ceux qui en prennent soin. Depuis de trop nombreuses années, on ne parle que de gestion, de rentabilité, de libéralisme alors qu’il faudrait remettre au centre l’être humain, la bientraitance, la bienveillance. Partout, le système a chosifié les êtres humains, leur a donné des numéros.
Dans les hôpitaux, il n’est plus possible de prendre quelques minutes pour discuter avec un patient. Dans les centres sociaux, difficile de prendre soin des personnes que la vie a cassé, pas de moyens, pas de personnels, pas de temps. Ces soignants, ces travailleurs sociaux ont l’impression de ne pas faire leur métier correctement, ont un sentiment de déshumanisation, ça fait des années qu’ils galèrent professionnellement. Sans parler de ces 2 années Covid qui ont aggravé la situation.

Quid de la vulnérabilité ?

La bienveillance dès la naissance

Que quelqu’un prenne soin de nous, dès la naissance, est la première chose dont nous avons besoin pour nous constituer en tant qu’être humain. C’est ce qui permet à tous les individus de se mettre debout pour devenir autonome. Nous sommes tous construits par la bienveillance que l’on a reçue dans l’enfance et par la sollicitude que l’on a vu dans les yeux de nos proches à chaque chute. De ce soin reçu dans l’enfance, naîtra une attention, une bienveillance globale aux êtres, aux choses, à la nature qui durera toute notre vie.

Tous vulnérables

Mais la vie ne se résume pas à nos jeunes années, nous aurons tous besoin à un autre moment de notre vie de soins et de bienveillance. Nous traversons ou traverserons TOUS, un jour ou l’autre des moments de vulnérabilité. TOUS.
Le monde, la société, les partis politiques que ça arrange, nous répète constamment : « Voilà les faibles, voilà les autonomes ». Diviser pour régner est leur méthode. Mais c’est faux. Nous serons tous un jour vulnérables. Prévoir le soin à autrui suppose de comprendre qu’il n’y a pas les individus indépendants d’un côté et des individus dépendants de l’autre. Nous sommes leurrés par la croyance que nous serons toujours du bon côté de la barrière.

Nous avons le choix

L’état de droit et des devoirs

Nous devons tous réclamer à l’état de mettre en place les conditions collectives pour que nous puissions TOUS traverser les difficultés dans de bonnes conditions et pouvoir s’en relever le plus facilement possible. De très nombreuses personnes pratiquent le soin à autrui, les pompiers, les infirmières, les médecins, les policiers, les aides maternelles, les instituteurs, les bénévoles, des citoyens lambda… Tellement de gens s’investissent dans la solidarité et la responsabilité commune de tous. Bizarrement, l’état en est à lutter contre eux en ne les soutenant plus, en les agressant pendant les manifestations, en diminuant leurs moyens et en niant leurs besoins. Ce n’est plus tolérable. Nous avons le choix, nous pouvons voter pour que cela change, à minima pour que cela n’empire pas.

Les uns avec les autres

Choisissons de retrouver notre humanité ainsi que la sollicitude pour autrui. Nous pouvons revenir à l’idée de vivre les uns avec les autres plutôt que les uns contre les autres. Nous pouvons le demander à nos hommes politiques. Cessons de céder aux sirènes de la peur et de la division qu’ils diffusent, ne nous laissons pas embarquer dans des discours alarmistes prônant la haine de l’autre. Notre monde ne sera habitable que si la justice sociale est puissante, que si les plus fragiles sont protégés.

« L’épée de Damoclès demeurera suspendue, tant que chaque homme ne trouvera pas dans la société sa place, sa part, sa dignité. » Charles de Gaulle

En complément

A lire Xavier Alberti, « Les jours heureux »
A lire Cynthia Fleury « Le soin est un humanisme »
A lire et écouter Vincent Lindon

 

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Marie Bertolotti
desirdetre.com