J’ai du pouvoir et je compte bien l’utiliser

L’évolution politique et économique de la planète me révolte :

  • Les 62 personnes les plus riches de la planète ont le même poids financier que la moitié de la population mondiale.
  • 85% des bénéfices des entreprises sont reversés aux actionnaires.
  • Les multinationales exploitent des enfants et leur famille dans les pays du tiers-monde.
  • De grandes entreprises font de l’optimisation fiscale au détriment des plus pauvres et des plus faibles.
  • Impuissante, je ne supporte plus d’élire des politiques pris à la gorge par la finance et les lobbys.

Ma dernière indignation

Je me retrouve à la caisse d’un centre commercial du coin où j’habite, avec un bouquin à la main. L’attente est longue, pas assez de personnel.
L’employée, en face de moi, gère 3 tâches en même temps : La caisse, le téléphone et l’accueil des clients. Bien évidemment ça n’avance pas, les gens râlent. Je me dis qu’il y a quelques décennies, il y aurait eu 3 personnes à sa place.  Je rentre chez moi et je vais sur la page FB de la grande enseigne :

« Le magasin est super beau mais franchement, vous ne pouvez pas engager du personnel ??? Vous avez un monde fou, votre tiroir caisse est donc bien rempli en fin de journée et pour être restée en caisse un long moment cette semaine, je suis scandalisée par la vue de votre personnel, débordé, à être sur plusieurs postes en même temps : Casque téléphone ET caisse normale ET accueil réclamations, concerts, dons de livres en attente et j’en passe. Et le tout avec politesse et sourire MAIS Franchement ??? Elle est dans quel état votre hôtesse de caisse le soir ? C’est pas votre problème je suppose. Lamentable. Je ne mettrai plus les pieds dans votre magasin. Marie. »

Réponse de la firme :

« Veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée lors de votre passage en magasin. Nous avons pris votre remarque en compte. Sachez que nous travaillons actuellement sur une réorganisation des lignes de caisse, notamment avec une gestion indépendante de l’accueil.
Nous espérons que ces changements vous permettrons de nous accorder à nouveau votre confiance.
Nous vous souhaitons une bonne journée. »

Ok, je suis une râleuse. J’avoue. Je sais aussi que mon poids dans l’affaire est MINIME, mais c’est décidé, j’ai du pouvoir, je veux redonner du sens à ma consommation et faire infléchir le système. (Ne riez pas…)

Mais comment en est-on arrivés là ?

Les actionnaires focalisent sur la rentabilité de leurs investissements. On ne parle pas la même langue eux et nous. Nous vivons les plans de licenciement, de délocalisation, le chômage, l’accaparement des terres-ressources… Eux parlent réduction des coûts, augmentation de productivité, gains boursiers…

Il n’y a pas d’éthique dans notre système économique. Et sans éthique, le système dérive. La présence de contre-pouvoirs devrait être fondamentale :

  • Sauf qu’il y a entre 15 000 à 30 000 lobbyistes à Bruxelles.
  • Sauf que les GAFA (les quatre géants de l’Internet fixe et mobile que sont Google, Apple, Facebook et Amazon) et les grandes multinationales font ce qu’elles veulent, armées de juristes très compétents.
  • Sauf que les régulateurs sont tout aussi embourbés que les politiques avec les lobbyistes.

Il n’y a plus de contre-pouvoirs.

Alors que faire ?

L’acteur principal dans l’affaire est pourtant très facile à trouver, c’est NOUS ! Le consommateur est la faille, le caillou dans la chaussure de ces entreprises non éthiques. Nous consommons, mais sommes-nous acteurs de notre consommation ? Je suis ce que je consomme et mes dépenses sont l’équivalent d’un vote pour le type de monde que je veux. J’ai le droit de boycotter une entreprise si je ne suis pas d’accord avec son comportement.

Vous pouvez acheter des biens produits par une entreprise qui soit conforme à vos valeurs, c’est le buycott. Vous pouvez avoir une consommation socialement responsable, qui prend en compte les conséquences publiques de vos achats privés.

Le boycott ? D’autres l’ont fait avant nous : Nelson Mandela, Martin Luther King, Gandhi. Il participe à la liberté d’expression de l’indigné tout en étant efficace, bienveillant et pacifique.

C’est l’outil du faible économiquement et politiquement mais du fort démographiquement. Il est accessible à tous, il touche à l’argent et à l’image de l’entreprise et de la marque. Celle-ci n’évoluera que si le marché l’y oblige, nous pouvons tous créer ce déclic chez les entreprises.

L’association qui va nous fédérer

L’association I-boycott propose à tous d’interagir avec les sociétés non éthiques. Mon petit combat pour cette « hôtesse de caisse-hôtesse d’accueil-hôtesse téléphonique n’aura pas d’effet si je reste seule. Par contre, si je suis rejointe par 1000 personnes ? 10000 personnes ??

Sur I-Boycott, les entreprises ont un droit de réponse, elles pourront proposer des changements, convaincre les boycottants de leurs efforts pour devenir éthiques. C’est la démocratie dans l’économie et dans les marchés boursiers.De même, les consom’acteurs pourront proposer des solutions, des alternatives.

Dorénavant, il n’y a plus d’autres leviers que notre portefeuille pour changer le monde, on parle de buycott responsable. Les multinationales vont devoir dialoguer avec leurs clients, c’est un grand changement de paradigme, un rééquilibrage du jeu économique.

Les entreprises devront quantifier l’éthique, pas seulement la productivité. Avant, l’objectif était +10% de gains en délocalisant, aujourd’hui, le risque de boycott qu’impliquera cette délocalisation sera à prendre en compte.

Sur I-boycott, il s’agit d’actions individuelles MAIS collectives pour agir contre les injustices économiques. Les lobbys sont court-circuités, le pouvoir est décentralisé.

Tous ensemble, soyons consom’acteurs bienveillants.


Illustration :

Le changement révolutionnaire n’est pas un surgissement cataclysmique mais une succession interminable de surprises cheminant en zigzag vers une société plus décente. Il n’est pas nécessaire de mener des actions grandioses et héroïques pour participer au processus de changement. Des actions modestes, multipliées par des millions d’individus, peuvent changer le monde. (…)

Un optimiste n’est pas nécessairement un joyeux drille sifflotant bêtement au milieu du chaos. Garder l’espoir quand ça va mal n’est pas faire preuve de romantisme aveugle. C’est miser sur le fait que l’histoire humaine est l’histoire, non seulement de la cruauté, mais aussi de la compassion, du sacrifice, du courage, de la bonté. Ne voir que le pire c’est détruire notre capacité à faire quoi que ce soit. (…)

Dans la mesure où nous agissons, même en faisant des choses minuscules, nous n’avons plus à attendre la grande utopie à venir. L’avenir est une succession infinie de présents, et vivre maintenant comme devraient vivre les êtres humains, au mépris de ce qu’il y a d’hostile autour de nous, est en soi une victoire merveilleuse.  « 

Howard Zinn, Des voix rebelles – Récits populaires des Etats-Unis


 

Marie Bertolotti

desirdetre.com

One Response
  1. Super article ! Merci Marie.
    On peut tous faire quelque chose à notre niveau : par exemple, je n’achète plus de produits d’un certain groupe français de produits laitiers (leader mondial) qui étrangle nos agriculteurs en ne leur donnant pas le prix raisonnable pour leurs produits et qui les  » remercie  » lorsqu’ils osent se plaindre!
    Belle semaine à toi et tes lecteurs( trices),
    Sylvie.

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