Aux Oubliés

La précarité est un fléau

Comment est-il possible qu’en 2019, en France, un étudiant de 22 ans, puisse s’immoler pour dénoncer ses conditions de vie ? Son acte est aussi désespéré que politique, il met le doigt là où ça fait mal, la précarité. Nous vivons dans un des pays les plus riches du monde, nous avons fait reculer la pauvreté mais bizarrement de plus en plus de citoyens sont en situation précaire au point de s’immoler ou bien, encore plus simple, de mourir dans la rue comme à Toulouse : Entre le 4 et le 14 novembre 2019, 3 morts.

Pourtant, nous étions bien partis socialement, je vous laisse lire la partie du programme du Conseil National de la Résistance de 1944 qui sert de socle au modèle français depuis 75 ans, il proposait, entre autres, de promouvoir des réformes indispensables sur le plan social :
-Droit au travail et droit au repos.
-Rajustement important des salaires et garantie d’un niveau de salaire qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine.
-Plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État.
-Sécurité de l’emploi, réglementation des conditions d’embauche et de licenciement, rétablissement des délégués d’atelier.
-Retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours.
-La possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée, quelle que soit la situation de fortune de leurs parents… »

De même, le préambule de la Constitution de 1946 rappelle que « La Nation assure à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement et qu’elle garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence. »

Qu’est-il arrivé depuis la fin de la guerre ?

La richesse n’a fait qu’augmenter, mais sa répartition n’a pas été équitable.
Certains d’entre nous, nombreux, ont été laissés sur le bord du trottoir, ils ont perdu l’espoir d’une vie digne, ils sont en colère, ils ont des gilets jaunes, ou pas, ils demandent une amélioration de leurs conditions de vie depuis trop longtemps.
Ils ont des blouses blanches, sont en burn-out, ont l’impression de ne pas faire leur métier correctement, ont un sentiment de déshumanisation qui les tue, ça fait des mois qu’ils sont en grève dans les hôpitaux.
Tous les services publics sont dans le même état de délabrement, les conséquences frappent de plein fouet les plus démunis mais aussi celles et ceux qui en prennent soin.

Depuis de trop nombreuses années, on ne parle que de gestion, rentabilité alors qu’il faudrait remettre au centre l’être humain, la bientraitance, la bienveillance. Partout, le système a chosifié les travailleurs, leur a donné des numéros. Les gilets jaunes se sentent sans valeur, victimes, abandonnés par les services publics et les industries qui s’éloignent de leurs lieux de vie.
Dans les hôpitaux, sont soignées des maladies et plus des personnes malades, il n’est plus possible de prendre quelques minutes pour discuter avec un patient. Dans les centres sociaux, difficile de prendre soin des personnes que la vie a cassé, pas de moyens, pas de personnels, pas de temps.

L’état était censé être le garant du soin aux plus démunis. Il ne remplit plus sa mission, le peuple manifeste, se met en grève mais est dépourvu face à la violence qui lui répond, l’état a les moyens d’éborgner, pas d’augmenter les salaires les plus misérables.

L’état de droit, c’est d’abord comment, collectivement, nous produisons du soin aux plus vulnérables sans tenir compte de la rentabilité, c’est la base si on ne veut pas que la bombe sociale n’explose.

Nous sommes tous vulnérables

Que quelqu’un prenne soin de nous, dès la naissance, est la première chose dont nous avons besoin pour nous constituer en tant qu’être humain. C’est ce qui permet à tous les individus de se mettre debout pour devenir autonome. Nous sommes tous construits par la bienveillance que l’on a reçue dans l’enfance et par la sollicitude que l’on a vu dans les yeux de nos proches à chaque chute. De ce soin reçu dans l’enfance, naîtra une attention, une bienveillance globale aux êtres, aux choses, à la nature qui durera toute notre vie.

Nous traversons ou traverserons TOUS, tout au long de notre vie des moments de vulnérabilité. TOUS.
Le monde, la société, les partis politiques que ça arrange, nous disent : « Voilà les faibles, voilà les autonomes ». Diviser pour régner est leur méthode. Mais c’est faux. Nous serons tous un jour vulnérables. Prévoir le soin à autrui suppose de comprendre qu’il n’y a pas les individus indépendants d’un côté et des individus dépendants de l’autre. Nous sommes leurrés par la croyance que nous serons toujours du bon côté de la barrière.
Nous devons tous réclamer à l’état de droit de mettre en place les conditions collectives pour que nous puissions TOUS traverser les difficultés dans de bonnes conditions et pouvoir s’en relever le plus facilement possible.

De très nombreuses personnes pratiquent le soin à autrui, les pompiers, les infirmières, les médecins, les policiers, les aides maternelles, les instituteurs, les bénévoles, des citoyens lambda. Tellement de gens s’investissent dans la solidarité et la responsabilité commune de tous. Le problème est que l’institution en est à lutter contre eux en ne les soutenant plus, en les agressant pendant les manifestations, en diminuant leurs moyens et en niant leurs besoins.

Choisissons de retrouver notre humanité ainsi que la sollicitude pour autrui. Nous pouvons revenir à l’idée de vivre les uns avec les autres plutôt que les uns contre les autres. Nous pouvons le demander à nos hommes politiques. Cessons de céder aux sirènes de la peur et de la division qu’ils diffusent, ne nous laissons pas embarquer dans des discours alarmistes prônant la haine. Notre monde ne sera habitable que si la justice sociale est puissante, que si les plus fragiles sont protégés.

« L’épée de Damoclès demeurera suspendue, tant que chaque homme ne trouvera pas dans la société sa place, sa part, sa dignité. » Charles de Gaulle

A lire Xavier Alberti, « Les jours heureux »
A lire Cynthia Fleury « Le soin est un humanisme »
A lire et écouter Vincent Lindon

Souriez c’est important
Marie Bertolotti
desirdetre.com

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