Naturopathe et fondateur du Collège européen naturopathie traditionnelle holistique (Cenatho), Daniel Kieffer consacre son nouveau livre à la respiration. L’encyclopédie de 768 pages ne lésine pas sur les conseils et les exercices pratiques. Le praticien de renom démontre que si la santé dépend de la qualité du souffle, on respire surtout comme on pense. Alors autant s’appliquer.

Alternative Santé. Le rythme ­physiologique de la respiration évolue depuis plusieurs centaines d’années : au XIXe siècle, la norme était entre 12 et 16 fois par minute, aujourd’hui c’est plutôt entre 14 et 18. La manière dont on respire serait-elle moins une question biologique qu’une affaire culturelle ?

Daniel Kieffer. C’est le résultat d’une adaptation nécessaire vis-à-vis du stress. C’est quelque chose que l’on pourrait corréler avec l’augmentation de la température corporelle, qui a évolué elle aussi en cinquante ans. Initialement à 37 °C, elle est aujourd’hui à 37,5 °C, voire 37,6 °C chez certaines personnes. Cela suppose une forme d’inflammation chronique, également corrélée avec le stress et avec notre mode de vie qui sont rythmés par la vitesse, la performance et la compétition. Presque toute la population occidentale est touchée et si cela démontre la capacité prodigieuse du corps à s’adapter, on y perd de la qualité d’être.

Vous dites qu’en constatant ces hausses, on les banalise. Les médecins banalisent-ils les facteurs croissants liés au stress ?

Oui et cela renvoie à la façon dont on établit les normes en physiologie et en médecine. Celles-ci sont toujours faites sur la moyenne des gens censés être en bonne santé. Mais comme cette moyenne évolue de manière péjorative, on ne s’inquiète pas de cette modification. Un autre exemple : en quarante ans, les taux de cholestérol ont augmenté, mais on établit les statistiques à partir d’une population concernée par la malbouffe. Alors on ne peut pas banaliser l’augmentation des lipides dans le sang de la même manière que l’accélération du souffle. Il n’empêche que pour un kiné qui apprend le métier, 14 à 18 respirations par minute, c’est devenu la norme.

Avec l’âge, la respiration passe de ventrale à thoracique, ce qui n’a pas seulement des conséquences sur le stress. Cela entraîne, dites-vous, l’enfermement dans un « Moi, je » qui lutte, une polarisation mentale fondée sur l’ego. Pouvez-vous nous expliquer ?

Tous les enfants ont une ­respiration ventrale. On l’observe aussi chez les grands mammifères au repos. On l’associe au calme, à la sérénité et au système parasympathique, la branche du système nerveux impliquée dans le sommeil et la récupération. À l’inverse, quand on respire haut, on passe sur le mode de la fuite ou de la défense. Quand on court, la ­respiration se déplace dans la zone pulmonaire pour amplifier ­l’apport d’oxygène. Le stress fait pareil. Une personne en situation de contrainte va spontanément ­respirer plus haut, voire faire des apnées. Pour des raisons culturelles, le ventre c’est le monde de l’impur, de l’enfance, de l’interdit. L’individu n’habite plus son ventre, il respire dans sa poitrine, vit dans ses émotions et dans sa représentativité sociale. C’est la victoire toute puissante de l’ego.

En yoga, on apprend que l’expiration est le souffle le plus important et que l’inspire doit suivre naturellement, comme un léger rebond. Or j’ai l’impression qu’on fait l’inverse, en prenant d’abord de grandes inspirations…

Et c’est une erreur. L’inspiration, que l’on privilégie de façon quasi réflexe ou culturelle, fait référence à une notion de peur. Je prends, je me remplis donc je suis en sécurité. C’est le profil tout en plénitude. Cela peut être à la fois une forme de générosité, de bienveillance, de cœur qui déborde, mais cela peut aussi être l’expression du « Moi, je », celui de la personne sanguine, toute en poitrine. L’important, c’est l’expiration. Elle permet d’éliminer du CO2, ce qui, physiologiquement, est bien plus important que cette obsession de l’oxygène car on chasse ainsi l’acidité métabolique de nos terrains déjà très acidifiés. Et puis l’expire permet aussi de nous rapprocher du lâcher-prise et de l’abandon, donc de la confiance. C’est d’ailleurs ce qu’enseignent les kinésithérapeutes aux asthmatiques qui paniquent parce qu’ils pensent qu’ils manquent d’air. En apprenant à souffler longtemps, comme dans une paille, ils constatent que l’inspiration arrive spontanément.

Certains thérapeutes manuels parlent de la respiration primaire, qui serait antérieure à la respiration pulmonaire. De quoi s’agit-il ?

Cela reste mystérieux à tel point que les nouvelles écoles d’ostéopathie ont gommé cet enseignement du cursus car il y a une dimension énergétique qui ouvre sur l’ésotérisme. Le mouvement respiratoire primaire (MRP) apparaît dès la moitié de la vie fœtale et se poursuit après la mort pendant quinze à vingt minutes. C’est une circulation du liquide céphalo­rachidien, qui bat entre 9 et 11 pulsations par minute. Ce nombre ne varie jamais, il n’est pas affecté par le stress et ne peut être bloqué que par des traumas physiques lors d’accidents. Parfois respiration primaire et pulmonaire se synchronisent au cours de la méditation, du sommeil profond et dans des périodes post-orgasmiques.

Vous parlez d’ésotérisme, il faut dire que la respiration, spontanée et inconsciente, se joue à travers nous et malgré nous. Ne serait-elle pas l’expression du mystère même du vivant ?

Le premier souffle marque l’entrée dans l’aventure de la vie et que le dernier referme. Entre les deux, on respire ou bien on « est respiré ». Avec les années, les émotions faisant, la respiration devient maladroite, souffrante voire pathologique. Elle pourra devenir thérapeutique si on se met au yoga, par exemple. Mais j’aborde à la fin du livre cette idée de « devenir respiré ». Un jour, les exercices de yoga, on les oublie, on goûte alors passivement à l’accueil du souffle. Tout dans l’univers poursuit un rythme : saisons, sommeil, cycles féminins. Se laisser « être respiré » par la vie, c’est une forme de réconciliation avec le rythme de la nature en nous.

Vous décrivez les « hyper » et les « hypo » : à quoi correspondent ces deux modalités et pourquoi les reliez-vous aux saisons ?

Tout a commencé par une observation empirique. Les changements que nous apporte la nature m’ont toujours semblé des enseignements précieux. Nous avons quatre temps respiratoires : inspiration, expiration ainsi que les deux rétentions à plein ou à vide, et il y a quatre saisons dans l’année. Mes quarante années en cabinet ont confirmé ces corrélations. Il existe des profils de gens en été, qui inspirent pleinement, mais qui ont du mal à lâcher prise et des profils hiver qui n’osent pas inspirer pour ne pas prendre de place. Autour de ces principes, on a construit des déclinaisons « hyper » et « hypo » et je n’ai jamais vu quelqu’un qui soit dans une harmonie totale avec son souffle, à part quelques grands comédiens.

À quoi faut-il s’attendre en bilan respiratoire ?

Cela commence par une observation : comment la personne respire sans contrainte, assise, debout et allongée. Ensuite on lui fait pratiquer des respirations carrées quatre fois pendant quatre secondes, dans ces trois mêmes positions. Pendant qu’elle pratique, on lui demande en boucle ses ressentis. Y a-t-il des pensées, des émotions ? L’observation aidant, c’est relativement facile de comprendre qu’une personne très à l’aise dans l’inspire ne se sentira pas bien si je la fais expirer longuement. Elle évoquera une petite boule dans le plexus, des pensées d’un coup plus négatives. De même, quand une personne est à l’aise poumons vides et a du mal à se remplir d’air, cela peut mettre au jour un profil dépressif. La ­personne n’arrive pas à prendre. La dépression, c’est la difficulté de dire « oui » à la vie. On peut faire ces observations soi-même avec un magnétophone et un journal intime. C’est très ludique et sans danger.

Y a-t-il des grandes pathologies du souffle en dehors de l’asthme ?

Ce qui se développe de façon étrangement commune, ce sont les bronchopneumopathies chroniques obstructives (BPCO), liées au tabagisme et à la pollution. On voit des gens qui, jadis faisaient une bronchite de temps en temps, qui en font désormais deux, trois ou quatre par an. Cette maladie accroît le risque d’infections ­respiratoires purulentes et fait perdre jusqu’à 30 % de sa capacité respiratoire en fin de vie, car les alvéoles sur la partie haute des poumons sont détruites et le corps ne sait pas les fabriquer à nouveau. C’est une agression insidieuse de notre environnement.

Bol d’air Jacquier, appareil de Plent, écarteurs narinaires, Respirelles : quel accessoire recommanderiez-vous cet hiver pour bien respirer dans le froid ?

Le bol d’air Jacquier est un appareil extraordinaire avec une excellente nouvelle génération qui améliore encore la circulation des globules rouges et de l’oxygène dans le sang. Je n’ai aucun intérêt dans leur commercialisation, je le précise ! Cela dit, on devrait en trouver dans tous les spas, les centres de cures thermales, chez les kinés. Cela fait du bien sur le plan respiratoire grâce à l’essence de pin qui a des vertus intéressantes sur le mucus, l’infection ORL et bronchopulmonaire. Mais son action la plus importante est antioxydante avec des effets anti-âge et antianémique. Quant aux écarteurs de narines, quand on les a utilisés une fois pendant une séance de jogging, on ne peut plus s’en passer. Croyez-moi : vous avalez les kilomètres !

Aller plus loin :

Tout savoir sur la respiration – Ses dimensions physiologique, énergétique, psychologique et transpersonnelle, Daniel Kieffer, ed Jouvence.

Blog de Daniel Kieffer sur le site du Cenatho