Le vaniteux

C’était un roi vindicatif, hargneux, vaniteux, mal vivant.

Son plaisir ? Effrayer les gens, les tenir là, sous son regard, et faire semblant d’hésiter entre les renvoyer d’un geste ou leur faire couper le cou.
Or, il apprit un jour qu’au marché de la ville était un homme sans souci. Il était vieux, ce vivant-là, et si quelqu’un venait à lui avec quelque souffrance d’âme, il savait trouver aussitôt les paroles qui guérissaient.
– Il a réponse à tout ? marmonna le tyran. Nous allons voir. Qu’on me l’amène.
Deux gardes allèrent le chercher.

Voici le vieux sous l’arbre où trônait le monarque.
– Bonhomme, lui dit-il, je ne suis pas de ceux qui se laissent gruger par les marchands de vent. Si je te pose une question, je veux une réponse claire. Pas d’entourloupe, du précis, sinon je te tranche la tête. Tu vas donc répondre à ceci.

Le roi vaniteux cogna de sa canne d’or contre l’accoudoir de son siège.
– Qui, du fauteuil ou du bâton, a fait ce bruit, ce « bong » que nous venons d’entendre .
– Majesté, lui répondit l’autre, je le dirai si tu réponds précisément à la question que je vais aussi te poser. Mais promets d’épargner ma vie si ta bouche reste muette.
Le monarque, intrigué, promit.

Alors le vieux leva la main et flanqua sur la joue royale une si franche et belle baffe qu’elle fit taire les rossignols.
– Qui, de ma main ou de ta face, ô majesté, dit le vieillard, a fait ce « flap » indiscutable que l’on vient d’entendre sonner ?

(Henri Gougaud, L’Almanach)

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