Le diabète au VI ème siècle après JC

A l’origine, en Chine, le diabète était appelé xiaoke. Ce terme, qu’on peut traduire par « soif dissolvante », exprimait parfaitement la soif anormale éprouvée par certains diabétiques et l’énorme quantité d’urine qu’ils éliminent.

Excès de sucre dans les urines

Le Livre de Médecine de l’Empereur jaune décrit longuement le diabète et observe avec pertinence « qu’un patient qui souffre du diabète a certainement l’habitude de consommer beaucoup de sucreries et de graisses ». Dès cette époque, les Chinois faisaient preuve d’une grande perspicacité dans le diagnostic du diabète.
On ignore quand ils se sont aperçus que l’excès de sucre dans l’urine était le symptôme de cette maladie.

Observations des différents types de Diabète

Au 6ème siècle

Le médecin Zhen Quan, mort en 643, relève le fait dans son livre Prescriptions éprouvées, anciennes et nouvelles, aujourd’hui perdu, mais dont plusieurs passages essentiels sont cités dans une œuvre plus tardive écrite en 752 par Wang Tao, « Importantes Formules et Prescriptions médicales » révélées par le Gouverneur d’une province lointaine.
En voici un extrait :
« Les Prescriptions éprouvées, anciennes et nouvelles disent qu’il existe deux ou trois types de diabète. Dans le premier, le patient éprouve constamment une soif intense, boit beaucoup, élimine beaucoup d’urine non grasse, floconneuse, comme si elle contenait du son, et douce au goût. C’est Xiaoke Bing. Dans le second, le patient n’a pas soif et il mange beaucoup. Dans le troisième, le patient a soif, mais boit peu ; ses extrémités inférieures sont gonflées d’eau, œdémateuses ; il souffre d’impuissance et urine fréquemment. »
Le premier type décrit est le diabète sucré, ou diabète commun. Le deuxième et le troisième font probablement référence au diabète des obèses.
L’allusion au gonflement des pieds correspond sans doute au fait que les diabétiques souffrent de problèmes circulatoires. Si le diabète s’aggrave, si le patient porte des chaussures trop serrées ou abuse de l’eau chaude pour réchauffer ses pieds, il s’expose à des complications — furoncles, inflammations. — si sérieuses qu’elles peuvent entraîner une gangrène.

Au 7ème siècle

Au VIIe siècle après J.-C., le médecin fonctionnaire Li Xuan rédigea sur le sujet une monographie où il tente d’expliquer le phénomène de l’urine sucrée. Le passage suivant en est extrait :
« La maladie provient d’une faiblesse rénale et urogénitale, auquel cas l’urine est toujours sucrée. Beaucoup de médecins ignorent ce symptôme […] La nourriture riche en céréales des paysans, les gâteaux et les douceurs accroissent le taux de sucre […] Il est dans la nature des sédiments d’être éliminés. Mais comme les reins et la vessie, qui gouvernent, sont affaiblis, ils ne peuvent plus filtrer convenablement les éléments essentiels des nutriments, si bien que l’excrétion se fait par l’urine, laquelle devient sucrée et perd sa couleur normale. »

Un autre médecin, Sun Simiao, écrivit aux environs de l’année 655, dans ses « Remèdes valant mille pièces d’or », qu’en cas de diabète « il faut s’abstenir de vin, de sexe et de céréales (féculents). Ce régime, bien suivi, évite tout médicament ».

Ainsi, dès le VIIe siècle après J.-C., les Chinois faisaient part de leurs observations et de leur interprétation concernant les urines sucrées et proposaient un traitement proche des méthodes modernes qui recommandent aux diabétiques de s’abstenir de consommer de l’alcool et des féculents.

Autour du monde

Les Indiens (d’Inde) connaissaient eux aussi le phénomène des urines sucrées chez les diabétiques, mais leurs textes sont difficiles à dater (contrairement aux écrits chinois).

En Europe, ce n’est qu’en 1660 que Thomas Willis remarqua la saveur douce de l’urine des diabétiques, et la publication de cette observation date de 1679.

En 1776, Matthew Dobson établit un lien entre cette saveur et le sucre, et il fallut attendre 1815 pour que ce sucre fût identifié comme du glucose.

En termes de diagnostic et de contrôle du diabète, les Chinois ont donc précédé les Européens de plus de mille ans, bien qu’ils n’aient pas connu le rôle du pancréas (assimilé au système Rate de la MTC) et de l’insuline, isolée en 1921. Quelle brillante intuition pour eux que d’avoir pu affirmer dès le VIIe siècle « tous les gens dont l’urine a une saveur douce et ne contient pas de particules de graisse souffrent du diabète » !

Source : Le génie de la chine – 3000 ans de découvertes de Robert Temple

desirdetre.com

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