Il n’existe pas d’enfants fascistes

« J’ai consacré ma vie à la recherche de la vérité.

L’observation des enfants m’a permis de scruter la nature humaine à son origine, à la fois en Orient et en Occident, et, malgré quarante années de travail, l’enfance m’apparaît toujours comme une source intarissable de révélations et – dirai-je même – d’espérance.

L’enfance m’a révélé l’unité de l’humanité. Les enfants parlent tous plus ou moins au même âge, quels que soient leur ethnie, leur milieu ou les circonstances : ils marchent, perdent leurs dents, etc. à certaines périodes déterminées de leur existence. Dans certains autres domaines, en particulier dans le domaine psychique, ils présentent les mêmes caractères, les mêmes sensibilités.

Les enfants sont les créateurs de l’homme qu’ils construisent. Ils prennent et assimilent la langue, la religion, les coutumes et les caractéristiques non seulement de l’ethnie et de la nation à laquelle ils appartiennent, mais aussi de la région délimitée dans laquelle ils grandissent.

L’enfant se développe avec ce qu’il trouve autour de lui. Si ce qui est à sa disposition est pauvre, son œuvre sera pauvre. Dans la civilisation actuelle, l’enfant en est réduit au glanage. Pour se construire il prend, au hasard, ce qu’il trouve dans son environnement.

L’enfant est le « Citoyen Oublié ». Et pourtant, si les hommes d’État et les éducateurs réalisaient un jour la force vertigineuse que représente, en bien ou en mal, l’enfance, je crois qu’ils lui accorderaient la priorité sur toutes les autres questions.

L’homme est le seul responsable de ses problèmes. S’il est négligé dans sa propre construction, aucun problème ne sera jamais résolu. Il n’existe pas d’enfants bolcheviques, fascistes ou démocrates ; ils deviennent ce que les circonstances ou leur entourage font d’eux.

Aujourd’hui, lorsqu’en dépit des terribles leçons des deux guerres mondiales, l’avenir s’annonce plus sombre que jamais, j’ai la certitude qu’outre l’économie et l‘idéologie, il est un autre domaine à étudier : celui de l’Homme – pas celui de l’homme adulte qui reste sourd à tout appel. Économiquement menacé, emporté dans un tourbillon d’idées contradictoires, il se jette tantôt d’un côté, tantôt de l’autre.

C’est l’homme au commencement de sa vie qui doit mobiliser la science, l’enfant qui se construit en respectant les lois naturelles de son développement. C’est seulement ainsi que l’on peut espérer créer une meilleure structure sociale et une meilleure entente internationale. »

Déclaration de Maria Montessori (1870-1952) qu’elle adressa à de nombreux gouvernements et à l’UNESCO en 1947.

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