Il te manque la nuit

Sache que, dans la demeure céleste où tu vivais avant de naître, tout n’était que silence et savoir. Il fallut un jour la quitter. A l’heure juste, ton père d’en haut t’a dit : « va ».
Il a ouvert la porte.
Tu as découvert devant toi des chemins innombrables, des monts, des plaines, des villes, des forêts. Tu t’es effrayé. Tu as gémi :
– Dans ce chaos furieux, comment vais-je survivre ?
– Tu dois aller, a répondu ton père. Quelque chose te manque ici qui est en bas.

Il t’a serré sur sa poitrine. Tu as senti battre son cœur. Tu as pensé qu’il ne pouvait te chasser ainsi de sa bienheureuse maison.
Tu lui as dit : – Tout est ici lumière et connaissance. Que manque-t-il donc ?
Ton père a murmuré : – La nuit, l’incertitude.

Tu ne connaissais pas le sens de ces mots. Tu as crié, tremblant :
– Qu’y-a-t-il donc de si précieux dans le doute, dans les ténèbres ?
– La foi que rien ne prouve, a répondu ton père, le désir pur, la confiance ignorante. Pour l’atteindre mon fils, il te faut oublier nos savoirs infinis. »

Il a posé l’index au travers de ta bouche afin que désormais tu ne puisses plus dire ce que, de toujours, tu savais. Il t’a poussé dehors. Tu es venu au monde.
Enfant, regarde-toi. Entre le bas du nez et le milieu des lèvres est un sillon creusé. C’est là l’empreinte de son doigt. »

« Paramour » de Henri Gougaud

desirdetre.com
2 Responses
  1. Chantal Barnier Répondre

    Ce récit très symbolique ne restitue pas la connaissance complète de la nécessité de l’incarnation. Le lâcher prise, l’ignorance, la confiance aveugle ne sont pas le seul paramètre pour expliquer la vie. Pour se connaître dieu a besoin de sa création.
    C’est en se connaissant en soi-même et par le reflet du monde que l’on retrouve la foi semblable a un enfant. Plus rien n’est mystère et inconnu dans la perfection divine et l’on devient ainsi co-créateur conscient de sa destinée dans la création infinie, absolue, éternelle …

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