Donner ou prendre ?

Des cris, au bord de la rivière. Nasreddin, sur son âne, accourt.
 Un homme, dans l’eau, se débat. Il boit, il éructe, il s’étouffe.
 Des gens, accroupis sur la rive, lui tendent des perches, des bras.
Ils crient :
– Ta main ! Donne ta main !
Mais l’autre ne veut rien entendre. Il s’enfonce, il s’agite en vain, il risque vraiment la noyade, et l’on s’égosille en vain.

Nasreddin descend de son âne, bouscule les gens. Il leur dit :
– Ecartez-vous. Laissez-moi faire.
Il retrousse sa manche droite, il tend la main, il crie :
– Prends-la !
Et l’autre, d’un élan, s’agrippe. On le tire hors de l’eau. Sauvé.

On s’étonne. On se dit :
– Pourquoi, par tous les saints, n’a-t-il pas accepté notre aide, alors qu’un mot de toi, Nasreddin, a suffi pour qu’il veuille bien condescendre à sortir de son bouillon froid ?
– Facile, répond le sauveteur. Cet homme (je le connais bien) est d’une avarice sordide.
Tu lui dis :  » Donne », il reste sourd.
 Il ne sait entendre que  » Prends « .

Henri Gougaud, Petits contes de sagesse pour temps turbulents

desirdetre.com
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