Alicament : La poire

La culture du « poirier commun », « pyrus communis » ou « pyrus sinensis » remonte à la nuit des temps. Elle pourrait même remonter à 35-40 siècles.
Son nom chinois est Li, 梨.
Elle serait originaire d’Asie occidentale et de la mer Caspienne. La chine est un des premiers producteurs de poires dans le monde.
De nos jours on a inventorié plus de 1000 variétés de poires. Mais dans nos sociétés où l’uniformisation est de règle, on n’en consomme qu’une part infime.

Bien qu’on puisse la consommer toute l’année, la poire est avant tout le fruit de l’automne.
En médecine chinoise, on sait que c’est une saison dangereuse pour le Poumon qui peut facilement se mettre en état de sécheresse et ainsi être à l’origine de toux, de laryngites, de sécheresses de gorge et de bien d’autres pathologies dites de « sécheresse des liquides organiques ».
N’oublions pas qu’en MTC, Poumons et Gros Intestin sont en relation directe, l’atteinte de l’un pouvant retentir sur l’autre. La sécheresse du Poumon peut être donc être à l’origine de problèmes de constipation.
Dans un compendium de pharmacopée très connu en Chine, le Ben Cao Tong Yuan, il est dit : « Les poires crues peuvent chasser la chaleur des six entrailles. Cuites elles peuvent nourrir le Yin des cinq organes ».
Dès que l’on souffre de sécheresse dans un endroit quelconque du corps, c’est un des aliments les plus efficaces pour reconstituer les liquides organiques.

La poire est donc un fruit très connu en Chine. Le jus de poire est appelé « Boisson de la douce rosée produite par le ciel ». Il est dit que « une consommation régulière de poire garantit un teint vif et lumineux et des cheveux brillants ».

Une anecdote en passant. Si vous allez en Chine, ne partagez jamais une poire avec quelqu’un. C’est très mal vu car en chinois cela se dit Fen Li, vocable qui a la même sonorité que « quitter quelqu’un ».
Il se peut que « prendre quelqu’un pour une poire » vienne de cette fameuse caricature du roi Louis-Philippe dont le portrait se transforma en poire.
Au Québec il est dit : « Il faut garder une poire pour la soif ».
Une pointe d’humour : « Eve est la première femme qui ait fait manger une pomme à une poire. »  Jean Delacour.

Que dit la médecine chinoise ? 

Li, la poire est de saveur Douce, légèrement Acide et sa nature est Fraîche.

Les méridiens-organes cibles sont ceux du Poumon, de l’Estomac.

Ses actions principales sont :
D’humidifier la sécheresse du Poumon.
De dissiper les mucosités.
De clarifier la chaleur.
De générer les liquides organiques.

Dans le Gang Mu il est dit : « La poire humecte les Poumons, rafraîchit le Cœur, dissipe les glaires, neutralise les toxiques des furoncles et de l’alcool ». 

Voyons quelques indications :

*En MTC, on considère que si l’on sait hydrater son corps en « petites quantités fractionnées » tout au long d’une journée, on ne devrait jamais avoir soif.
La soif est ou bien un symptôme signal d’alarme de « trop tard ». Vous êtes resté plusieurs heures sans boire. Ou bien alors le reflet d’une chaleur interne.
Les causes sont multiples. En effet, on peut avoir un dessèchement des liquides organiques
après une forte fièvre,
en cas de diabète que l’on appelle du « foyer supérieur » en MTC,
de « chaleur dans l’estomac » très souvent liée à une stagnation du bol alimentaire,
d’excès d’alcool,
d’hyperacidité gastrique et de bien d’autres causes encore.
La poire est alors tout à fait indiquée pour combattre cette soif.

On peut aussi la consommer en cas de production de Tan, de crachats dus soit à une inflammation aiguë ou au contraire à une faiblesse chronique au niveau du Poumon qui peuvent déclencher  des toux incessantes avec un Tan difficile à cracher.
En Chine d’ailleurs il est courant d’utiliser la poire sous toutes ses formes en cas de coqueluche.
Comme c’est un humidifiant très important du foyer supérieur, on peut se servir de la poire en cas d’aphonie, de gorge sèche ou irritée. C’est un très bon fruit pour les orateurs ou les chanteurs qui mettent leur voix à contribution de manière excessive.

Une recette très connue en Chine est de boire deux fois par jour un jus de poire cuit au bain marie.
Les médecins chinois considèrent que la poire prévient le cancer de toute la sphère naso-pharyngienne. C’est un très bon « contre feu » momentané contre une consommation excessive de cigarettes dont la fumée dessèche fortement les liquides organiques.
C’est un excellent diurétique qui peut aider en cas d’œdème et d’oligurie.
En cas de « chaleur dans l’estomac » avec une soif très importante, « mettre à tremper une demi-journée avec de l’eau de source fraîche une poire fraîche découpée en morceaux. Les broyer pour en extraire le jus et boire fréquemment en petite quantité ».
Dans le Ben Cao Qin Yang il est dit : « En cas de parasitoses chez l’enfant avec accumulation de chaleur, donner un potage préparé avec du jus de poire ».
L’application de broyat de poire permet d’éviter l’ulcération et calme les douleurs d’une brûlure.

Que disent les recherches modernes ?

Ces recherches ont pu montrer que :
la poire contenait de la Iodine capable de maintenir saine la thyroïde qui comme nous le savons régit les combustions et les métabolismes de notre corps.
Elle ne contient que très peu de sodium et donc peut être consommée même en cas d’insuffisance rénale importante.
C’est un antiseptique, un astringent par son tanin et un diurétique.
Ses fibres stimulent très efficacement le fonctionnement des intestins, facilitant ainsi le transit et l’élimination des déchets.
Notre maître nous disait que « notre santé était directement à mettre en relation avec la vitesse du péristaltisme intestinal ». Plus celui-ci est lent, plus les toxines du bol alimentaire vont pouvoir aller dans la couche du sang à travers les pores des intestins.
Un transit harmonieux et une évacuation quotidienne des selles permettent d’éliminer les déchets rapidement du corps. Ses fibres permettent bien évidemment de lutter contre les problèmes de constipation.
La poire contient de très nombreux antioxydants qui permettent d’éviter certains types de cancer. A noter que la culture Bio permet davantage au fruit de développer ses défenses anti-oxydantes, qui se trouvent surtout au niveau de la peau.

Mode d’utilisation

En usage interne, la poire peut être consommée crue, cuite à la vapeur, bouillie, en jus, en pâte de fruit, en marmelade, en gélatine.
En usage externe, on pourra faire une application locale de fruits broyés. Le jus peut d’ailleurs être utilisé en collyre, en particulier pour les conjonctivites.
En arrosant les poires pelées de jus de citron ou d’orange, on peut éviter qu’elles brunissent très vite à cause du contact de l’air. Cependant il est plus judicieux de les consommer ou de les cuisiner tout de suite après les avoir pelées
Il faut préférer les poires fondantes qui ont plus de fibres solubles. Les granuleuses, surtout si on ne les mâche pas suffisamment peuvent facilement devenir indigestes.
Recette de « buena fama » : pour faire mûrir rapidement une poire, vous pouvez la mettre dans un sachet en papier avec une banane.
La poire a comme particularité de mûrir après la récolte quand elle est placée à température ambiante. Vous avez donc intérêt à les acheter à différents stades de maturation.
Pour les jeunes enfants, choisir les poires à peau fine que l’on épluche et mixe après les avoir légèrement citronnées pour éviter qu’elles noircissent. Vous pouvez alors en faire une compote à très haute valeur nutritionnelle. Cette compote est donc excellente quand vos enfants ont une toux sèche.

Contre-indications

Les contre-indications sont nombreuses et importantes à connaître. On devrait par exemple éviter d’en consommer en cas :
De selles molles, de diarrhées liquides dues à un « froid dans l’estomac ».
De même en cas d’attaque de vent froid avec des toux claires, aqueuses.
En cas de diabète sans soif.
Après un accouchement.
On trouve de rares cas d’allergie, en particulier chez les individus déjà allergiques au pollen du bouleau.

Conclusion

Voilà un fruit qui est l’exemple type de l’application de la règle de diététique qui stipule de « consommer des fruits et des légumes de saison et de région ».
Vous avez donc compris qu’une consommation régulière (qui ne veut pas dire quotidienne) de poires pendant l’automne et le début de l’hiver peut protéger l’organisme contre toutes les agressions de « froid-sécheresse » qui peuvent mettre à mal l’énergie du Poumon.
Enfin, tiré de propos d’Alain : « Se tromper est la rançon de penser. En l’animal la nature environnante s’exprime directement par des actions ; l’animal se meut comme la poire mûrit ».

Remerciements à Jean PELISSIER
Médecine Traditionnelle Chinoise
www.jeanpelissier.com

desirdetre.com

 

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