Comment mourir sans périr ?

Celui qui connaît les hommes est prudent.

Celui qui se connaît lui-même est éclairé.

Celui qui dompte les hommes est puissant.

Celui qui se dompte lui-même est fort.

Celui qui sait se suffire est assez riche.

Celui qui agit avec énergie est doué d’une ferme volonté.

Celui qui ne s’écarte point de sa nature subsiste longtemps.

Celui qui meurt et ne périt pas jouit d’une (éternelle) longévité

Tao Te King XXXIII


Comment mourir sans périr ?

L’histoire nous conte que de nombreux scientifiques ont cherché à rendre l’homme immortel. Peine perdue, notre corps ne le supporterait pas et se déliterait irrémédiablement. Dans le Tao, l’immortalité n’est pas physique ou corporelle, elle signifie plutôt la fusion avec le Tao, puisque lui est immortel.
Selon Lao, ce qui prime est de mourir sans disparaître. Comment ? En mourant à soi-même, c’est à dire en éliminant son égo.

Nous naissons avec un égo surdimensionné, tout tourne autour de notre petite personne, et, petit à petit, nous apprenons que non, nous ne sommes pas seuls et notre égocentrisme en prend un coup. Un des buts de la vie est de faire en sorte que nous arrêtions de nous regarder le nombril.

L’égo est une illusion qui va se dissoudre avec la mort, mais on peut travailler tout au long de notre vie à le réduire à son plus strict minimum (la survie). Au fur et à mesure que l’égo disparait apparaît le Tao. Le Tao immortel, dont tout vient, dont tout procède et où tout revient.

Comment travailler l’égo ?

En travaillant ses désirs, ce sont eux qui nous manipulent. Nous désirons plus de d’argent, plus de biens matériels, des promotions. Au détriment de qui sommes-nous plus riches, plus puissants ? Et quelle valeur peut-on donner à tout cela au moment de la mort ?

Notre égo a de l’ambition pour nous, il désire pour se sentir vivant, pour exister plus fort. Ce vêtement va me rendre plus belle, cette voiture plus attirant. C’est une illusion, un esclavage, une quête sans fin.

Dans de nombreux textes sacrés, la vie ne s’envisage qu’après la mort. Nous sommes d’abord dans cette vie, terre à terre, dans nos désirs, nos AVOIRS, nos autoportraits, individualistes et égoïstes. La mort, elle, nous fait basculer dans la plénitude de l’ETRE. On meurt pour renaître, mais à un autre niveau.

Pourquoi commémorer ?

Dans la plupart des philosophies orientales, quelque chose nous relierait, nous unirait. Tous. Mais tant que nous sommes attachés à notre identité, à la sensation d’exister indépendamment des autres, nous faisons fausse route. A l’inverse, quand on a réussit à changer de plan de conscience, à sentir ce qui nous unit à tous les autres, on atteint l’éveil. C’est le point de bascule.

La vague sur l’océan se sent unique, elle est exceptionnelle et fière, aucune autre vague ne lui ressemble. C’est son égo qui lui fait croire qu’elle est la plus belle, sauf que si on la sépare de l’océan, elle meurt. Mais si elle cesse de croire qu’elle est unique, elle va alors mourir à elle-même et se rendre compte qu’elle est liée à l’océan et même qu’elle est l’océan… Et là, elle sera pleinement vivante.

L’homme qui renonce à son égo individualiste et destructeur de l‘égo des autres devient sage. Il se relie à l’humanité, à la nature, au divin. Notre égo ne veut pas voir l’unité. Alors il sombre dans la division, le conflit, l’opposition, mais il a besoin de transcendance.

Les commémorations servent à ressentir, tous ensemble, au même moment les mêmes émotions, les mêmes sentiments. C’est cela l’unité.

Marie Bertolotti

desirdetre.com

Inspiration :

  • Laurent Gounelle « Et tu trouveras le trésor qui dort en toi »
  • Le Tao Te King  Lao Tseu
  • Citations taoïstes expliquées, Marc Halévy
2 Responses
  1. J en arrivais à la même conclusion que toi sans passer par le Tao… En faisant le lien avec les rituels, qui ont pour but de partager entre humains une peine, une joie, un passage à autre chose,… Commémorer c est se rassembler et ça, c’est un bon début…

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